Wilkesboro

Wilkesboro, North Carolina, 28/04/2026

Seuls présents, les 250 ans de l’Indépendance des États-Unis. Il n’y a rien, ni monde, ni merveille, mais il y a les 250 ans de l’Indépendance. La rue principale, vague, vacante, traversée seulement par le va-et-vient des véhicules. Les commerces de brocante, toute une bimbeloterie bonne pour la benne, tendent leurs faibles appâts vers d’improbables badauds. Le petit parc expose son triste toboggan.

Sous la pesanteur de cet abandon surgissent les drapeaux.

Dans une séquence de film, présentée, pour une étude des signes et des codes, quatre fois consécutives, aucun étudiant ne relève l’apparition de l’étendard national. Photographié dans le couloir de l’administration, suspendu à la hampe derrière le bureau du directeur, visible à l’entrée du building, il est resté invisible, entré dans une espèce de paysage mental en-deçà de la conscience. Effectivement, Stars and Stripes, comme on l’appelle entre connaisseurs, se découvre absolument partout, bien loin des bâtiments à vocation officielle, dans le jardin des maisons comme dans un angle du salon.

La bouche d’incendie a été pavoisée à son tour. Dans l’immobilité de Wilkesboro, deux trottoirs face-à-face le temps d’une traversée de cinq cents mètres, éclatent les trois couleurs, bleu, blanc, rouge, clignent les cinquante étoiles, comme dans la crainte que ne se distendent les liens. En effet, qu’est-ce qui vous établit encore citoyenne, citoyen, à l’encoignure d’un mur de brique, sous l’auvent d’un hangar, la bannière d’un supermarché ? Qu’est-ce qui vous fait appartenir, qu’est-ce qui vous soude, vous structure, quand jamais vos yeux sur la beauté ne se posent ?

L’Old Glory, perhaps.