Boone, North Carolina

Boone, North Carolina, 05/04/2026

Le vieux Paris n’est plus (la forme d’une ville change plus vite, hélas ! que le cœur d’un mortel). Peut-être est-ce de Paris dont il s’agit véritablement et non d’une ville parmi les villes. En dépit de la célébrité de ces vers, il m’a semblé ces derniers jours que le sens en avait été infirmé ici, à Boone.

Vingt ans plus tôt, j’y avais vécu, vingt ans plus tard, je m’y retrouve : ce dernier verbe prend son relief, signifiant que j’y suis de nouveau, sans m’y perdre.

Il y a quelque chose de singulier dans ce sentiment d’une certaine permanence, longer King Street et lire les enseignes, Mast General Store, Appalachian Antique Mall, Boone Bagelry… l’impression me vient de deux décennies effacées, d’une subite continuité de moi-même, prête à m’asseoir là où hier j’étais assise, à emboîter le pas de celle que je fus. Bien entendu, nier tout mouvement serait de mauvaise foi. Les rues se sont comme prolongées, habitées un peu plus loin, certaines architectures rafraîchies, annonçant une fréquentation économique plus aisée, mais, en dépit de l’évidence de ces transformations, l’emporte une puissante reconnaissance qui arrache le souvenir à sa disparition.

Un peu comme si chaque vitrine, chaque édifice, en réclamant d’être à sa place d’autrefois garantissait un lien solide entre les fragments dispersés de mon âge. Ainsi, la surprise toute première, tient-elle en ce que la forme stable, revue après une longue absence, puisse conférer à l’être l’illusion d’une forme stable tout autant.