Animots (4) : Woodpeckers

Boone, le 10 juin 2026

Le corps bleu et la crête rousse ? Non, ce modèle de volatile demeure purement imaginaire, lui, c’est Woody Woodpecker, une construction de dessin animé clairement anthropomorphe, courant sur ses petites jambes et agitant les bras. Pourtant, la fabrication du personnage emprunte un peu à l’espèce, la huppe inspirée du grand pic, et, si l’on se souvient du générique, un rire en cascade emprunté au pic glandivore. Apparu en 1940, il aura accompagné plusieurs générations de ses éclats discordants, comme de ses poursuites effrénées à la manière des cartoons américains de l’époque.

La parabole voudrait que son dessinateur, Walter Lantz, séjournant dans un petit cabanon, ait été poursuivi par un pic attaquant sa toiture et empoisonnant le silence ; pris de colère, il aurait sorti sa carabine, mais aurait été arrêté dans son geste par une idée plus pacifique suggérée par sa femme, qu’il tourne son agressivité en inventivité, qu’il fasse de l’anecdote un prochain scénario. Le caractère bien peu amène de Woody emprunterait donc au ressentiment mal dissimulé de son auteur. Et pourtant, le succès l’accompagne.

Image contre image.

Aux pages du journal d’Henry David Thoreau l’émerveillement l’emporte, en quelques lignes il définit l’extraordinaire pouvoir d’un corps si menu. « Comme on entend de loin le tapotement du pic-vert ! Et ce n’est pas étonnant, car il tape fort aussi bien que vite pour percer un trou, et le bois mort et sec résonne fortement. Tantôt il tape sur une partie de l’arbre, cela produit une note ; tantôt de ce côté-là, à quelques pouces de distance, cela produit une autre tonalité ; tout le temps arc-bouté sur sa queue. » Ensemble, ils partagent la forêt, et pour le naturaliste, l’oiseau n’est pas qu’un compagnon mais un maître. Un maître à l’imitation duquel il voudrait modeler son geste, il aimerait, dit-il, « pouvoir donner un coup de pelle dans la terre avec autant de liberté insouciante que le pic-vert qui plante son bec dans l’arbre » (Sept jours sur le fleuve). Si l’étang de Walden est devenu un but de villégiature, que se visite la maisonnette de l’écrivain, certainement des textes aiguisés n’acquerront jamais la popularité d’un pantin.

Voilà comme se renversent les hiérarchies du vivant.

Les pics d’ici arborent des plumages discrets et leur petite taille les rend peu visibles dans le feuillage printanier. Dans la longue liste des picidés de Caroline, je ne saurais même pas choisir, car ce ne sont pas mes yeux qui les ont trouvés mais mon oreille. La fenêtre ouverte au petit matin, je les surprends à tambouriner sur les troncs, avec une décision, une précision dont l’écho se propage avec une incroyable netteté dans la forêt. À la différence de leurs congénères, ils ne chantent pas, ils martèlent, affairés à déloger des insectes, des araignées, des fourmis, accomplissant un travail sur le bois ainsi nettoyé de ses parasites, forant des cavités pour d’autres, les mésanges ou les chouettes. Dans le tout premier soleil, ces coups vifs s’enchaînant par rafales font comme un éclat d’éveil, communiquant très au loin avec mille formes de vie alertées par cette scansion du jour.


“How far the woodpecker’s tapping is heard! And no wonder, for he taps very hard as well as fast, to make a hole, and the dead, dry wood is very resounding withal. Now he taps on one part of the tree, and it yields one note; then on that side, a few inches distant, and it yields another key; propped on its tail the while.” ~ Thoreau’s journal, May 10, 1853


« I would at least strike my spade into the earth with such careless freedom but accuracy as the woodpecker his bill into a tree. » A Week on the Concord and Merrimack Rivers, 1849