Learn To Read Signs

Boone, le 12 juin 2026

 

Qu’on me permette, par parenthèse, quelques lignes d’une sémiologie fantaisiste : un billet délibérément loufoque aujourd’hui.

Conditional Love

J’ai un faible particulier pour cet avertissement, à chaque coup d’œil, une foule de sous-entendus, plus cyniques les uns que les autres, me traverse alors l’esprit. Il y a tellement d’envers de cette proposition. Que les enfants mal aimés peuvent être soigneusement écrasés. Que les adultes, exclus de cette mise en garde, peuvent être scrupuleusement renversés. Bref, que les automobilistes n’ont de limite à leurs débordements que face à quelques chérubins bien chéris.

Par association, me revient la formule favorite de Rabelais, celle par laquelle, évaluant les pertes humaines à la suite d’une guerre ou d’un cataclysme, il ponctue ironiquement : sans compter les femmes et les petits enfants. Si ce n’est l’inversion des places et des rôles, ce panneau pourrait s’entendre avec la même connotation profondément absurde.

Urban Desert

Souvent l’on s’interroge sur le droit que l’on aurait à stationner quelque part, longeant la rue, la traversant, interrogeant les riverains, à la recherche d’une indication claire, spécifiant les délimitations, les jours et les heures. Pas de risque ici où la municipalité a opté pour la transparence : un panonceau devant chaque emplacement, chaque panonceau parfaitement identique. Il faudrait être complètement idiot pour s’interroger encore.

Chacun comprenant qu’il lui sera difficile d’être de mauvaise foi à l’heure d’être verbalisé, l’ambition vise à trouver ailleurs un parking d’interprétation plus énigmatique.

Résultat : un désert.

Altruism

 

 

En ces temps de pénurie énergétique, il me semble particulièrement charitable de la part des grandes compagnies de signaler officiellement l’emplacement d’un pipeline. Un peu de sens de l’organisation, un peu de technicité et voilà un forage personnel permettant de contourner tout risque de disette.

 

Altruism (again)

Dans sa version française, le No Outlet trouve son équivalent à travers un mot tel qu’Impasse ou une expression telle que Voie sans issue. Rien d’étonnant, on est bien dans le registre du code la route, le même qui se pratique à l’est ou à l’ouest de l’Atlantique.

Mais, du fait d’un esprit retors, je ne peux m’empêcher de sourire à l’idée d’une interprétation saugrenue : l’outlet c’est aussi le centre commercial, le magasin d’usine, le clan des couturiers à prix bradés. Or, qu’on me prévienne en pleine nature, parfois en pleine montagne, parfois en pleine forêt, que, là précisément, je ne trouverai ni Ralph Lauren, ni Tommy Hilfiger, ni Hugo Boss, je trouve cela courtois et affable.

Ghost

L’idée de la barrière fantôme me réjouit. Le jardin serait-il truffé de caméras ? Le propriétaire aux aguets avec une carabine ? J’imagine un mastard, élancé impétueusement, qui, comme par magie, s’interrompt en pleine course. Que lui est-il arrivé ? A-t-il reçu une décharge létale ? Se trouve-t-il pris d’une paralysie foudroyante ? Un équivalent de la chaise électrique ? Et, dans ce cas, faut-il changer de chien après chaque passant ?

Entre la maison et moi, il n’y a guère qu’une pelouse, de quoi souhaiter vivement un système au quart de millimètre. Quelle angoisse tout de même pour le piéton. Un furieux, dans une liberté apparente, mais que l’invisible va dompter. Mythe ? Croyance ? Honnêtement, je reste matérialiste : une bonne vieille clôture fait beaucoup mieux mon affaire.

Dans l’attente de nouveaux codes d’inconduite.