Décroissance

Boone, le 29 mai 2026

Décroissance, le mot hérisse, fait frémir, révolte contre la dictature écologiste… Attenter au confort de notre civilisation techniciste ? Nier des siècles d’un seul mot d’ordre : le progrès ? Pervertir nos valeurs ?

En revenir à l’homme de Néandertal, voilà ce qu’est la décroissance.

En France, cela a commencé il y a dix ans, avec l’interdiction de distribuer des sacs en plastique à la caisse des supermarchés. Combien de zut, d’exclamations mauvaises, face à l’évidence que manquait le contenant nécessaire à des courses qui vous restaient entre les mains. Inutile de le contester, quelque chose de l’ordre du réflexe s’était installé en nous : dans n’importe quelle échoppe, on se devait de nous fournir l’emballage.

Aux USA, on se garde de tomber si bas. Le tapis roulant approvisionne un carrousel de pochettes, que l’aide de caisse remplit sans forcer, si bien qu’à la sortie, selon le volume, c’est dix, vingt ou même trente sacs plastique emportés pour n’aller guère qu’au coffre de la voiture. L’accumulation est sans limite, gonflant à l’infini le volume du rebut civilisationnel. La texture légère se répand joliment au fond des mers, s’entremêle aux branchages, obstrue les poumons des oiseaux, des poissons, se répand paisiblement dans notre alimentation, tout cela au beau souffle du vent. Mieux encore, ces sachets virevoltants offrent la garantie d’être là pour mille ans.

De ce temps dit de l’abondance, de ce service évidemment fort commode, je n’ai eu finalement nul regret ; et même, j’ai regardé faire non sans une forme de dégoût.

Un sentiment étrange m’a saisie : je me suis souvenue que dans mon marché de province, on tendait aux commerçants de petites poches de papier, de semaine en semaine, afin d’éviter le gaspillage, je me suis revue un grand panier d’osier au bras, panier presqu’éternel. Plus surprenant encore, sur ces images, j’accomplissais ces gestes sans paraître en souffrir.

Ainsi, l’envie m’est-elle venue d’inverser les termes du débat. Sur ce point tout particulier du moins, la croissance, elle était plutôt de ce côté-là.

 

Et de et pour Edgar Morin : « Dépasser l’alternative croissance/décroissance en déterminant ce qui doit croître : une économie plurielle comportant le développement d’une économie verte, de l’économie sociale et solidaire, du commerce équitable, de l’économie de convivialité, de l’agriculture fermière et biologique, de l’entreprise citoyenne. Mais aussi ce qui doit décroître : l’économie créatrice de besoins artificiels, du futile, du jetable, du nuisible, du gaspillage, du destructeur. »