Did you say Boone? (Part Two)

Boone, le 30 août 2026

Comme mon intention n’a jamais été de me faire la biographe de Daniel Boone, cela d’autant moins que je n’ai engagé ni recherches, ni lectures approfondies à son sujet, ce deuxième texte a pour exclusive vocation la dérision. Car, il me faut l’avouer, j’ai abandonné avant leur fin exactement trois films portant sur le personnage historique. J’emploie à dessein l’expression de personnage historique, car le cinéma ne connaît pas l’histoire, mais se régale de caricatures qui nourrissent un véritable récit national, celui qui se résume en un mot : la conquête de l’Ouest (dans sa version hollywoodienne qu’est le western).

Il y a deux versions connues, celle de 1936 par David Howard, celle de 1956 par Albert C. Gannaway et Ismael Rodriguez, mais il y a surtout une série de 165 épisodes (rien moins) avec l’acteur Fess Parker dans le rôle principal. La chanson qui ponctue le feuilleton ne mérite pas de traduction, il me semble :

“Daniel Boone was a man! (Daniel Boone was a man!)

Yes, a big man! (Yes, a big, big man!)

And he fought for America

To make all Americans free! (All Americans free!)”

Les Indiens semblent n’être occupés que d’embuscades. Le sous-entendu étant qu’ils vont contre cette Amérique libre. Dès les trois premières minutes, l’un d’entre eux, une plume dépassant du crâne, envoie une flèche sur un convoi composé uniquement de gentes dames et de messieurs tout occupés du chargement et des bêtes. Petite approximation déjà, car des chariots en terrain dégagé c’est tout le contraire de ce que la nécessité imposait, c’est à dire des déplacements sur des pistes forestières, les chevaux les uns derrière les autres, les selles chargées de provisions et des tout petits.

Daniel Boone, notre héros préféré, règle son compte à ce furieux importun, lui assénant un bon coup de fusil (ces fusils-là ont le don de suivre une trajectoire extrêmement précise et efficace, alors qu’il ne faut pas être grand clerc pour savoir que la portée des armes au XVIIIe siècle relève plus de la chance que de la science. Paradoxalement, les mêmes fusils maniés contre les gentils manquent systématiquement leur cible). Personne ne pleure évidemment, et notre bonhomme avec sa veste en daim à franges et sa toque à queue de castor réintègre le rang, modeste, mais l’œil toujours vigilant et responsable. Un peu bourru, il ne remarque pas la belle admiratrice, plus préoccupée d’amour que de douleur (c’est tout de même elle qui a reçu la flèche dans le dos) ; en pleine cavalcade, elle arbore un ineffaçable fard à paupière bleu assorti à sa robe, une chevelure à l’irréprochable ondulation, atouts qui devraient pourtant avoir raison de l’homme des bois. La colorisation un peu défaillante fait que la teinte subsiste un dixième de seconde de trop sur la pellicule, presque, presque, Boone serait maquillé lui aussi.

Dans la version de 1956, la scène la plus grotesque est celle où ses enfants, joyeux, légers et innocents, tous assis sur le devant de la carriole, chantent avec entrain un couplet à l’éloge de leur père. Que d’autres fredonnent “Daniel Boone, He talks to all the animals, And knows the Indian ways…”, on peut l’admettre, mais ses fils et filles ?! C’est qu’il faut compter avec le conditionnement psychologique du spectateur, celui-ci, tout à la joie de la situation, en oublie la dangerosité du milieu, n’anticipant pas la venue du moment funeste… le voilà d’autant plus vigoureusement saisi par l’irruption de Shawnee sans pitié, fondant sur le groupe et kidnappant les chérubins. À ce point tout le monde comprendra, je pense, qu’on éteigne le poste.

Comme je suis une fille, et que j’ai plus volontiers regardé La petite maison dans la prairie ou Ma sorcière bien aimée (ce qui ne signifie pas que le contenu idéologique de ces feuilletons soit plus méritoire), je conclurai le débat par un petit déplacement : Did you say Rebecca Boone ?

Personne ne parle d’elle, sauf Sharyn Mc Crumb, une femme bien sûr, qui n’a pas voulu laisser l’épouse totalement ignorée.

Voyant deux yeux briller dans la nuit, Boone tire sur l’animal qu’il pense être un lion des montagnes, la mort déclenche aussitôt des pleurs, ceux d’une jeune fille dont on vient d’abattre le chat. Il s’agit de la jeune Rebecca. Avec pareille scène de rencontre, la vie a certes plus d’inventivité que tout le cinéma.