New-York, le 14 juillet 2026
Étrangement, tandis que les relations diplomatiques de part et d’autre de l’Atlantique sont plutôt réservées, juillet proclame la fortuite ressemblance entre deux drapeaux, unis par la même gamme colorée en bleu, blanc et rouge. Tandis qu’il n’y a pas traditionnellement de défilé pour la fête nationale aux USA, l’occasion particulière des 250 ans de l’Indépendance a valu une parade militaire aérienne semblable à celle qui accompagne les armées sur les Champs Élysées. Le gouvernement français, soucieux que l’on n’oublie pas son rôle historique dans cet événement, ayant délégué la patrouille de France, les réacteurs crachent les trois couleurs, sans que l’on sache plus qui est à l’honneur de New York ou de Paris.
Un même enchevêtrement s’accomplit lors du Bastille Day, devenu apparemment un grand rendez-vous annuel, toujours organisé un dimanche, veille de 14 juillet. Le contenu politique de cette journée une fois expurgé, une partie de Madison Avenue et des rues adjacentes bloquées à la circulation, des dizaines de stands peuvent faire de cette circonstance l’éloge de quelques rudiments de la cuisine française.
Les clichés dans lesquels on enferme un pays sont tellement résistants, immuables, qu’ils tournent, comme ceux-là qui sont sans grand danger, à l’outrance d’une caricature. L’on ne sort jamais du Fabuleux destin d’Amélie Poulain.
Puisque tout est bleu, blanc, rouge, le consommateur américain peut acheter un filet, une boîte de biscuits, des serviettes en papier, avec l’impression d’encourager son propre symbole national. Il peut même être tenté de croire que cet éventaire dépasse de beaucoup en qualité la restauration rapide à laquelle il est habitué. Le croissant, résistant aux 35 degrés de cet après-midi-là, fait l’unanimité des étals. Le sandwich se révèle moins coopératif, surtout dans sa version baguette beurre cornichon camembert, transpirant sous le soleil. Quant à La Maison du chocolat elle doit exiger une dégustation immédiate. Sortant de grandes sauteuses, l’aventure se poursuit avec un véritable steak-frites servi sur une assiette en plastique, à consommer courageusement assis sur un trottoir. La Bretagne vante ses crêpes. La Normandie ses laitages. Certainement ces chefs vivent-ils tous sur place ; certainement leur faut-il un Bastille Day pour exalter le souvenir d’une bannière tricolore dont les rayures se confondent peu à peu avec les cinquante étoiles.
D’ailleurs, lorsque l’image du pays natal s’identifie au sirop Teisseire et à la confiture Bonne Maman, c’est que la mémoire défaille. À moins qu’il ne s’agisse d’honorer l’un des ancêtres fondateurs, Camille Teisseire, partisan des idées révolutionnaires, député du Tiers-État en 1789, et qu’une telle figure s’inscrive dans la commémoration historique du jour ? À moins que le faux tissu de vichy des couvercles de marmelade, ne traduise à son tour la lutte entre la revendication par la monarchie du blanc traditionnel et la volonté des insurgés de brandir un étendard complètement et définitivement rouge ?