Quimper, le 29 septembre 2026
Il faut troquer la langue anglaise, contre une autre langue à trouver, une langue qui ne soit plus de Caroline, plus d’Amérique du Nord, plus de voyage, plus d’expatriation ni de découverte, mais qui ne devienne pas pour autant une langue de terroir. Le français demeure mon outil, le seul dans lequel je sache me mouvoir sans céder à trop d’évidence, trop d’immédiateté, trop d’édulcoration du sens. Mais le retour sur son sol, après des mois d’éloignement, de distance physique et symbolique, ne s’entend pas comme le confort rassurant de qui serait tombé du nid. Quelle voix engager qui poursuive l’élan précédent, cette sorte de collaboration régulière avec un outil aussi singulier qu’une machine, une machine qui ne vous demande ni de pointer, ni de jurer fidélité, mais vous encourage à sa manière par la certitude d’une lecture offerte aux volontaires ?
Construire un livre suppose une autre démarche, un retrait scrupuleux, des propos sibyllins quant à décrire son contenu, comme s’il allait échapper par le seul risque d’en faire le résumé. Le livre appelle une architecture qui n’a rien de solide dans les débuts, pas mal de pierres que l’on jette et qui deviennent cailloux. L’élaboration dans le temps mélange les strates, de la vague intuition à la conception avisée, de l’esquisse brouillonne au bâti ultime. Le livre, ce sont des mois d’une expression dissimulée.
Le journal tenu en ligne participe d’une autre logique, il sert le présent, la traversée, ne poursuit aucune finalité dernière, consigne les menus faits avec l’avidité d’un esprit devenu attentif à l’infime, puis s’emballe soudain dans l’idée d’interpréter les mouvements d’une société, les soubassements d’une culture. Il n’a ni tort, ni raison dans ses enchaînements saugrenus, ses juxtapositions, ses tonalités changeantes, il est journal justement. Quelques heures de fécondation, et il paraît.
Mais par quelle langue nouvelle l’aborder, tandis qu’il devient un écho domestique ? Par où l’entraîner, l’inviter, le laisser s’insinuer pour qu’il permette de raconter ce qui appartient à un quotidien partagé, du moins soupçonné, s’il n’est vraiment connu ?
Il faut troquer la langue anglaise.
S’inventer une autre langue anglaise.
Qui n’ait d’anglaise, que l’ambition.