Jours fériés

Boone, 14/05/2026

Aujourd’hui : Jeudi de l’Ascension. C’est la troisième journée fériée de ce mois de mai, ce mois dont la douceur, la floraison printanière, la longueur du jour semblent soulignés par ces pauses attendues, espérées, dans l’enchaînement à notre tâche. J’ai suivi comme tout le monde le débat initié par Gabriel Attal, qui, au milieu de tant de questions cruciales creusant chaque fois un peu plus notre déshumanité, n’a rien trouvé de meilleur que d’autoriser le travail le jour de la Fête du Travail.

Aux États-Unis, une telle affaire n’émouvrait personne, puisqu’on peut sortir dans la rue n’importe quand ou à peu près et y trouver un semblable affairement : aller faire ses courses au supermarché le dimanche après-midi constitue un divertissement comme un autre. Néanmoins, dans ce pays de France considéré comme le champion du loisir et de la désinvolture, on compte onze jours officiellement fériés, quand on en compte également onze aux USA, fédération où la législation relative aux heures et aux conditions de l’activité est d’une abominable flexibilité. Tout est étrange dans une perspective comparée, car le 1er mai naît en Amérique du Nord, en 1886 très exactement, tandis qu’à Chicago éclatent des émeutes revendiquant les journées de huit heures. La Deuxième Internationale transforme cette date en une manifestation sans frontières, tandis que le principe d’un jour chômé et payé est adopté à Paris en 1948. C’est (ou c’était) d’ailleurs l’unique circonstance protégée pour l’ensemble des travailleurs.

Par un glissement significatif, le Labor Day se célèbre le premier lundi de septembre, dans l’effervescence de la rentrée, le retour des vacances et l’atmosphère familiale, dans l’éloignement prudent des événements de Haymarket, de la bombe et des tirs, des pendaisons des anarchistes.

En fin de compte, nul n’est besoin d’attendre ce jeudi pour pouvoir monter au ciel.